Devenir quelqu’un de Willy Vlautin : -Encore un roman sur la boxe ?! -J’en trouve pas sur le saut à la perche, c’est pas de ma faute !

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L’Amérique de Willy Vlautin n’est pas celle qui fait rêver mais plutôt celle des flyover states, cette Amérique située entre les deux côtes et que les gens aisés, les white collars, ne font que survoler durant leur voyage transcontinental. C’est l’Amérique qui votera Trump, mais même à ce guignol orange, ils n’accordent pas leur confiance et savent qu’ils seront toujours les victimes mâchées et recrachées par le gentil capitalisme.

Elle ne fait pas rêver cette Amérique et pourtant elle peut produire d’admirables personnes qui tentent néanmoins de combattre ce fatalisme gluant, d’insuffler un mouvement à leur vie pour chercher à devenir quelqu’un.

Horace Hopper a 21 ans, gamin abandonné par ses parents, trimballé de tantes en cousines vite abîmées par la vie, les excès et les poings de délicats compagnons, toujours dans de sordides mobil homes, il finit par être récupéré à l’âge de 14 ans par les Reese, couple de septuagénaires qui tient à bout de bras un ranch qui ne répond plus aux normes d’une politique agricole qui doit être rentable aux yeux des white collars qui passent en avion juste au-dessus. Horace s’implique dans ce ranch, est bien accueilli par les Reese qui voient en lui le fils qu’ils n’ont jamais eu, quand lui trouve en eux des parents de substitution. Il se charge de ce que le vieux dos d’Eldon l’empêche désormais de faire et constitue une présence réconfortante pour Louise souvent dépressive.

Depuis toujours, Horace veut devenir quelqu’un, exister enfin aux yeux des autres. Pour cela, il décide de quitter le ranch pour devenir boxeur professionnel en s’inventant une nouvelle identité, adoptant un nom mexicain histoire de se ranger définitivement dans une case, fini d’être « un Indien qui n’en était pas un, un Blanc qui ressemblait à un Indien ». 

Arrivé à Tucson en Arizona, il se fait exploiter comme un bleu, par un patron feignant, un entraîneur aux poches pleines d’oursins mais au foie qui baigne, des intermédiaires tout aussi véreux. Il fait de beaux combats mais un bon bagarreur ne fait pas un bon boxeur…

On est dans un vrai bon roman américain, un western, dans lequel on ne croise que des personnages solitaires et usés. Ils ont tous à un moment de leur vie tenté de concrétiser leur rêve américain, celui de ramasser une miette de reconnaissance et surtout un peu d’estime de soi, mais l’élastique invisible qu’ils ont autour de la taille les a vite renvoyés vers leur point de départ sans chercher à au moins leur offrir un atterrissage en douceur.

ET ON ACHÈTE SES LIVRES DANS DES LIBRAIRIES INDÉPENDANTES ! C’EST UN ORDRE !

Et gagnez des tutos maquillages d’Electric Tsunami !!!! Toujours plus utiles à la littérature que La Fille du Train.

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Mister K.
Ancien cosmonaute Est-Allemand, il devient champion de patinage politico-artistique dès qu’il apprend la chute du Mur vendredi dernier. En parallèle, il travaille dans plusieurs rédactions prestigieuses qu’il quitte avec enthousiasme quand l’équipe d’Electric Tsunami le rencontre et lâche l’argument massue sur sa table basse « Bah…heu…t’auras qu’à écrire des trucs. » Comment refuser un tel défi !

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