Noyau Dur

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Pour le punk rock, on est prêt ou pas, mais tout le monde peut en écouter. Des Ramones à Idles, en passant par les Buzzcocks, Damned, et les trucs sortis chez Epitaph, du genre Rancid et Bad Religion, tu ne le sais pas, mais ton ex-prof d’allemand, celle avec le chignon et les chemisiers de mormone, aurait pu en écouter et, si ça se trouve, ça l’aurait vraiment aidé à appréhender tes troubles du comportements et ton adolescence turbulente.
Musique consensuelle ? Non, bien sûr que non, ce n’est pas le cas, ça ne le sera jamais mais, rétablissons la vérité, l’équation du punk rock séminal est simple :

P R = R’n’R x 1,n BPM

Et oui, tu prends ce bon vieux rock, direct dans le shaker, un petit coup de sriracha/tabasco pour la speed, et on est bon, ça reste du Rock’n’Roll. Les gars qui ont inventé ça, aucune différence avec les hippies : Ok, on stoppe les fanfreluches à poil et les cheveux longs, on garde l’envie de liberté totale, le sexe libre, la dope, l’alcool et on rajoute quelques idéaux déçus. La violence ? Parce que les hippies n’étaient pas violents ? La Manson Family, la collection de flingues de ce dingo de David Crosby, c’était de la soupe miso ?
La colère ? Et la lutte pour les droits civiques, contre la guerre du Viet Nam, Mai 68, c’était aussi du flan ?

Le hardcore, en revanche, c’est une autre paire de manche…C’est l’école de la rigueur.

D’abord, soyons d’accord sur les termes : le Hardcore n’a aucune racine anglaise (Les Discharge et compagnie, c’était atroce, bas de plafond et ils jouaient seulement plus vite et bien plus mal que les autres punk, nuance), il est né à Washington DC, dans le comté d’Orange, à San Francisco ou à Minneapolis et, en 86, l’affaire est pliée, point.* Il y a eu de la descendance, des enfants illégitimes, du new school vs old school, du post-hardcore, mais vous cernez le truc : Les cro-magnons ont inventé la peinture, les suivants ont seulement développés la technique**.

Ian McKaye et ses potes de Minor Threat, ont vite jeté les bases du dogme : tu choisis ta vie, tu en fixes les règles (ça sonne tellement creux quand tu dis ça en 2020, on dirait une pub Nike, marketing de merde….) et tu ne laisses personne empiéter sur ta liberté. Ian, né et éduqué au sein d’une famille démocrate et chrétienne de Washington très tolérante, a gardé de nombreux principes que lui ont inculqués ses parents comme la tolérance, le respect de soi, l’implication dans ses choix, tout en y rajoutant une bonne dose d’éthique, de DIY et d’hygiène de vie : il venait de réécrire le No Future nihiliste en une version infiniment plus constructive, qui signifiait que chacun est maître de son destin et il appartient à chacun de l’écrire comme il l’entend.

Avec Straight Edge, morceau sorti en 81, Minor Threat a jeté (bien involontairement) les bases du mouvement du même nom, qui deviendra bien rapidement planétaire, et qui l’est d’ailleurs encore. Pas d’alcool, pas de drogues, pas de sexe sans amour et, pour certain et certaines, veganisme.

Tout en refusant toute paternité ou leadership sur ce mouvement, Ian McKaye et ses potes de Minor Threat, avaient repeint le tableau en entier, et le Rock’n’Roll n’était plus seulement un vaste champ de mines pour ados, les laissant en proie au stupre, à la luxure et, in fine, à la dégringolade brutale, il pouvait également être un terrain vierge et ouvert à toutes les possibilités sur le terreau duquel chacun pouvait écrire les bases de sa vie.

Black Flag - My War Live

Henry Garfiled, le petit con vendeur de glaces de Washington, l’a bien compris, lui. Adolescent asocial et violent, il s’est jeté corps et âme dans ce mode de vie et, en quittant son boulot chez Häagen-Dazs et Washington DC pour rejoindre ses héros de Black Flag en Californie, chez lesquels il voulait à tout prix se faire enrôler comme hurleur en chef, il savait déjà qu’une obstination sans borne et l’éthique straight edge ferait de lui celui qu’il avait toujours rêvé de devenir : Henry Rollins.

Hüsker Dü - Zen Arcade (Private Remaster UPGRADE) - 11 The Biggest Lie

Sans Hüsker Dü, la Sainte Trinité n’est pas complète. Celles et ceux qui les ont vus, lors de leur premier concert parisien, jouer l’intégral de leur premier album en 15 minutes chrono montre en main s’en souviendront à vie. On ne peut pas dire que l’éthique straight edge les ait perturbés, eux, mais en revanche ils sont les premiers à avoir osé faire leur coming out, pour deux d’entre-eux, dans le milieu finalement bien souvent homophobe et misogyne du punk US de ce début des 80’s. Le hardcore, c’est aussi ça.

*NDLR : La mauvaise foi et le parti-pris sont des lignes de conduite chez ElecTsu. C’est comme ça.
** NDLR : Qu’est ce que je vous disais?

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