“Si une roquette peut nous tomber dessus, à quoi bon faire la vaisselle ?”

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Vivre 7 années de bonheur, est-ce possible en Israël ? Est-ce possible quand « cueillir de la roquette » dans son jardin ne signifie pas forcément qu’on va en revenir avec de la salade ? Est-ce bien nécessaire de réparer cette fuite au plafond quand l’Iran a promis l’atomisation du pays ? Bien sûr qu’on peut vivre heureux, la vie continue ! Cette période de 7 années commence à l’hôpital qui est une métaphore d’Israël : Keret attend la naissance de son fils, une vie va éclore au milieu des ambulances qui déversent les victimes d’un nouvel attentat-suicide. Et c’est sur cette conscience permanente d’être mortel que pousse la dérision : un journaliste, dans ce chaos reconnait l’écrivain et lui demande son témoignage sur l’attentat. Mais ce dernier n’ayant rien vu, ils commencent à discuter des différentes techniques d’accouchement au milieu du va-et-vient des brancards.

On peut vivre heureux, avec l’intelligence de l’humour, avec une insolence fondée sur une dérision permanente, on trouve dans ces chroniques de la vie quotidienne à Tel Aviv un ton dans lequel on devine Woody Allen, mais aussi Roberto Benigni et Nanni Moretti. Autre ingrédient nécessaire, une bonne louche d’absurdité créative : je vous laisse découvrir ce qu’est « jouer au sandwich au pastrami » avec son petit garçon, des ingrédients nécessaires pour affronter l’avenir de son enfant dans un pays où avant de se demander à quel âge on lui achètera son premier portable, on se demande s’il fera son service militaire. Des ingrédients pour affronter cette réalité, pour la tordre et la transformer en quelque chose de poétique et drôle.

C’est aussi un livre sur la paternité, Keret devient père, prend conscience de la difficulté de ce rôle et comprend mieux son propre père qui mourra 7 ans après la naissance de son fils.

Dans tous les pays où des gens souffrent de manière quotidienne et constante, la dérision fabrique des écrivains magnifiques et Etgar Keret fait partie de ces écrivains, d’une nouvelle génération d’écrivains se réclamant de gauche et portant un point de vue de gauche sur Israël faisant naître de manière très drôle un espoir de changement, non seulement dans ce pays mais dans la région.

ET ON ACHÈTE SES LIVRES DANS DES LIBRAIRIES INDÉPENDANTES ! C’EST UN ORDRE ! (sauf La Fille du Train, qui, rappelons-le, est aussi utile à la littérature des bigoudis à un chauve. Celui-là, vous pouvez le voler au supermarché du coin.

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Mister K.
Ancien cosmonaute Est-Allemand, il devient champion de patinage politico-artistique dès qu’il apprend la chute du Mur vendredi dernier. En parallèle, il travaille dans plusieurs rédactions prestigieuses qu’il quitte avec enthousiasme quand l’équipe d’Electric Tsunami le rencontre et lâche l’argument massue sur sa table basse « Bah…heu…t’auras qu’à écrire des trucs. » Comment refuser un tel défi !

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